26 septembre 2006

Nomeansno

J'étais en train de songer à monter à Montréal pour voir Nomeansno quand je me suis rendu compte que le show était sur le point de commencer. Ça sera donc pour une autre fois, si les Wright sont encore vivants la prochaine fois. Ces gars-là sont vraiment vieux, et depuis longtemps. Tellement longtemps que j’ai eu le temps de devenir vieux moi-même depuis la dernière fois que je les ai vus. C’était en 1998. Sur la Grande-Allée. Nomeansno sur la Grande-Allée. Anyway, le gars devant moi avait reçu un coup de tête sur le nez et s’était précipité vers la sortie. L’impact avait été tellement violent qu’il en avait perdu sa casquette. J’ai tout vu, et je n’ai trouvé rien de mieux à faire que de suivre la trace de sang et d’aller lui donner sa casquette, dont il se crissait assez solidement à ce moment. Quand même, il n’avait pas besoin de perdre sa casquette en plus, non? Peut-être?

01 avril 2006

Du rififi dans le garage

Jack White admire Billy Childish.

Childish, dans une entrevue récente, avoue ne pas admirer le travail de Jack White.

Jack White accuse Childish de plagiat.

Childish fait de même et, histoire d'en remettre un peu, imprime quelques affiches qui annoncent à la blague un combat de boxe entre lui et White.

Jack White envoie ses avocats à la galerie qui vend les affiches.

Alors il y a du rififi dans le garage. Excellente nouvelle! Le rock and roll supporte très mal le calme, l'harmonie et la bonne entente et carbure plutôt aux coups de gueule, coups de poing, trahisons, etc.

Détails au www.theebillychildish.com

16 mars 2006

LIVING THINGS - Ahead of the Lions

Il ne faut jamais croire ce qu'on lit sur les autocollants promotionnels collés sur les albums. Celui des Living Things parle de l'album rock le plus percutant depuis Nevermind, ce qui est de la fabulation et une insulte au talent de compositeur de Cobain. On peut par contre dire que l'album est percutant et s'inscrit dans une longue tradition de bons albums rock and roll bien dodus comme Young, Loud and Snotty, Apocalypse Dudes, Appetite For Destruction et autres petites bombes qui rendent le quotidien tolérable. Après les deux premiers morceaux très stoogiens, le groupe sombre dans un rock un peu plus vaporeux à la Jesus and Mary Chain. On a parlé beaucoup du côté engagé et anti-gouvernemental des paroles, mais ceux qui ont écouté Crass et les DKs trouveront qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

10 mars 2006

Top 5 - 10 mars 2006

1. OTIS REDDING - I'm Depending On You (Good To Me, Stax). En ce qui me concerne, le grand album live de la soul n'est pas Live at the Appollo, mais Good To Me. Oui, James Brown en mettait plein les yeux, mais Otis l'emportait par son honnêteté. Et sur cet enregistrement, son groupe est carrément en FEU.

2. BELLE AND SEBASTIAN - Another Sunny Day - Cet extrait du dernier album des Écossais, The Life Pursuit, rappelle les Byrds des belles années et le Belle and Sebastian... de l'an dernier. Ben quoi, les bons groupes ont le droit de se répéter.

3. SMALL FACES - My Mind's Eyes. Meilleur morceau pop mod des rois du pop mod. À moins que ce soit du mod pop... merde.

4. LINK WRAY AND THE WRAY-MEN - Oh Babe Be Mine - Le regretté Link était surtout connu pour ses morceaux instrumentaux, mais le vieux loup savait tirer tout le jus de son unique poumon.

5. OBLIVIANS - Vietnam War Blues - Deux notes, un mur de guitares bien oblivien.

Chroniques de disques

FRANZ FERDINAND - You Could Have It So Much Better - Excellente pop jetable. Les guitares sont bien acérées, les rythmes spectaculaires et les mélodies parfaitement fignolées et rendues avec une nonchalence plus grande encore que celle des Strokes. Le drummer en donne pas mal, par contre, et vers la fin de l'album on trouve quelques ressemblences avec les Kinks et on est content content.

RADIOHEAD - Com Lag - L'expression "pour maniaques seulement" n'a jamais été aussi appropriée dans le cas de Radiohead. À part de bonnes versions en concert de "2+2=5" et, surtout, de "Fog", le groupe n'offre pas grand-chose ici, sauf peut-être la preuve qu'il écoute trop d'Autechre.

SIGUR ROS - Takk - Le groupe accorde maintenant beaucoup plus d'importance aux textures et aux ambiances qu'à ses chansons hyper-mélancoliques. Magnifique et terriblement plate.

02 mars 2006

The Reactionaries


Qu'est-ce que je fais quand je suis cassé, que j'ai envie d'écouter de la musique que je ne connais pas sans toucher aux patentes à gosses comme Soulseek et MySpace? Je pars sur Internet à la recherche de MP3 mis en ligne par les artistes eux-mêmes ou autorisés par eux. Vous seriez surpris de ce que vous pouvez trouver. On trouve rarement des albums complets, mais entre vous et moi, qui est encore capable d'enregistrer des albums complets qui valent le coup du début à la fin? À part Rush? Hein?

Voici donc une de mes découvertes préférées : les Reactionaries, ce qui se trouve à être les pré-Minutemen. Le groupe se composait des trois Minutemen et de Martin Tamburovich, qui chantait et qui est mort il y a plusieurs mois, victime de la bactérie mangeuse de chair. Cet enregistrement a été réalisé dans le garage de George Hurley en 1979. Je dois même dire que je préfère le punk lourdeau des Reactionaries au hardcore funky des Minutemen. Jamais été fou des basses funk.

Parlant des Minutemen, saviez-vous que certains dessins de Raymond Pettibon se vendent maintenant 25 000$? Les yuppies se les arrachent! On aura crissement tout vu.

22 février 2006

PUSSY GALORE - Alright

PUSSY GALORE - Alright (Right Now, Matador).

Jamais rien compris à la musique de Jon Spencer (Pussy Galore, Blues Explosion). Sais pas c'est quoi le prob, mais c'est pas aujourd'hui que ça va changer. "Alright" me crisse toujours par terre par contre. Imaginez le petit frère de Jesus and Mary Chain qui fait son premier trip de mesc. BESTIAL!
Pour télécharger le MP3 (disponible pendant 7 jours) :
http://s55.yousendit.com/d.aspx?id=183OEGASV0TAB254A0NUVTBXAE

06 décembre 2005

Critiques de zines

Si vous ne connaissez pas Aaron Cometbus, je vous envie parce qu'une belle découverte vous attend. Cometbus a publié pendant une vingtaine d'années le fanzine du même nom dans lequel il raconte ses mésaventures amoureuses, ses amitiés, ses voyages, ses promenades dans Berkeley et la plupart des villes américaines, grandes ou petites. Cometbus a carrément inventé, sinon popularisé le zine personnel. Pour en savoir plus, je vous conseille d'aller sur www.littletype.com et de commander tout ce que vous trouvez de lui. J'éviterais seulement les numéros 46 et 48. Après avoir publié son numéro 49, Cometbus a commencé à publier de petits livres. Le format ressemble aux livres de la collection Mille et une nuits. Le texte est dactylographié, contrairement à ses livres précédents, qui étaient presque tous écrits à la main. Certains y verront un sacrilège, pas moi. La calligrahie ajoute un élément personnel, mais je ne suis jamais emballé par l'idée de me taper des pages et des pages d'écriture à la main.

Le premier, Chicago Stories, relate son séjour à Chicago, de ses promenades en vélo sur Belmont, des petits restaurants juifs dans lesquels on le noie dans le café, de ses balades au zoo. En apparence, il ne se passe rien dans ces petites histoires, mais elles sont bourrées de réflexions assez profondes et d'observations que seul un punk qui passe sa journée dans la rue et qui boit quinze cafés par jour pourrait faire. Aviez-vous déjà remarqué que dans la rue, les gens ne croisent le regard que des chiens et des enfants? Sûrement, mais si vous êtes comme moi, vous ne vous étiez jamais arrêté là-dessus.

Cometbus a ensuite publié Mixed Reviews, dont l'action se situe plutôt à New York dans la plupart des histoires. La première nouvelle, "When the Cat's Away", est l'une des meilleures choses qu'il a jamais écrites et me rappelle étrangement The Catcher in the Reye. Sa "Coffee Review" est hilarante ("After the third cup, we were attempting to learn Arabic. Now that's good coffee!"). Ailleurs, Cometbus étudie l'histoire seul à la bibliothèque et tombe amoureux, "visite" différentes ambassades à New York, quitte Minneapolis à pied et... tombe amoureux. Le ton est toujours simple et poétique. Je vous conseille de commencer par Mixed Reviews.

Maintenant que les blogs semblent avoir remplacé les zines en papier, Cometbus est l'un des derniers qui demeure farouchement opposé à toute forme de publication et de communication en ligne. Je le comprends. Rien ne vaut l'encre et le papier. Par contre, pour avoir déjà publié sur papier, je peux dire que cette forme de publication ne se fait pas sans problème. Le premier est l'argent. Sans un public fanatique (comme celui de Cometbus) ou un moyen d'imprimer gratos, difficile de ne pas mordre la poussière.

01 décembre 2005

Mise à jour de décembre

Après plusieurs mois bien remplis, je suis de retour au batte. Pour ceux qui veulent savoir ce que j'ai pensé de l'album des Evens et de la réédition de My Brain Hurts de Screeching Weasel, visitez le www.musicomania.ca, où vous trouverez la critique de plus d'albums que vous pouvez en acheter.
Depuis la dernière fois, j'ai ajouté le lien du blog de Larry Livermore, fondateur de Lookout Records. J'ai toujours entendu des choses méchantes à son sujet, mais j'ai toujours aimé ses chroniques et il m'a l'air d'un bon gars. Livermore n'a plus rien à voir avec Lookout depuis 1997.
Autre lien : Burninghopes, ce qui se trouve à être le site du zine français Rad Party. La seule copie de ce zine que j'aie jamais trouvée m'est venue de la Floride et m'avait été donnée par le type de No Idea Records.
Bientôt, vous saurez ce que j'ai pensé des derniers livres de Aaron Cometbus (que du bien, que du bien), des élections fédérales et de Green Day.

22 mars 2005

All

Il existe un endroit au Colorado où l’air est pur et où la musique d’Ornette Coleman rencontre souvent celle de Cheap Trick et des Ramones. Cet endroit est le local de répétition de All, le meilleur groupe au monde.

Meilleur groupe au monde? Probablement pas. Mais je l’ai pensé pendant quelques jours, après avoir parlé des Descendents. Les raisons ne manquent pas :

1. Les membres de All n’ont aucun sens de la mode. Je me méfie énormément des hommes qui suivent la mode de près. La plupart d’entre eux sont méchants et conduisent des chars d’assaut en pleine ville. La plupart d’entre eux tirent trop d’argent de leur connerie intégrale. Les gars de All s’habillent un peu comme moi, c’est-à-dire qu’ils ont l’air con et que les jeunes rient d’eux, mais ça fait partie du prix qu’il faut être prêt à payer pour faire à sa tête. J’imagine.

2. Les membres de All sont caféinomanes. Comme moi! Et le plus beau de l’affaire, c’est que ça paraît dans leur musique, et pas à peu près : leur musique sent l’hyperactivité, la section rythmique est survoltée même dans les passages relativement lents, et la guitare de Stephen Egerton surfe sur tout ça comme s’il s’agissait d’un beach bum bourré aux amphétamines.

3. Contrairement à son groupe précédent (les Descendents), All n’a influencé personne, à ma connaissance. À part peut-être Big Drill Car, ce qui n’est pas si mal. Je crains toujours les groupes que l’on dit « influents ». Habituellement, quand on dit d’un groupe qu’il est influent, ça veut dire que le groupe n’était pas si bon, mais qu’il est devenu le chouchou de quelques journalistes et que des hordes de groupes ont commencé à copier le groupe original simplement pour s’attirer les faveurs de certains journalistes (par exemple, pour faire la une du Voir, ou du NME, etc.). Je donnerais bien quelques exemples, mais je ne me sens pas d’attaque pour répondre à des emails haineux.

4. « Carnage » pourrait très bien être la meilleure toune pop de tous les temps.

5. Au début des années 90, le groupe, pour continuer à « vivre » de sa musique, a dû quitter Los Angeles et ses loyers élevés (notons que le groupe habitait alors dans son local de répétition, qui était un local commercial qui ne devait pas coûter un bras) pour s’installer dans une petite ville du Missouri de moins de 4 000 habitants, dans une petite maison qui appartenait au père de Bill Stevenson, le batteur. Le groupe se nourrissait en partie du poisson qu’il pêchait dans un lac situé tout près. Tous les trois ou quatre mois, le groupe montait dans sa Dodge Ram et sillonnait le continent pour jouer devant des publics de sacs à dos et de t-shirt de NoFX, dans le meilleur des cas. Le groupe vivait probablement dans la pauvreté totale, ce qui n’a rien de drôle. Pourtant, je ne peux m’empêcher de fantasmer sur cette période du groupe. L’image me frappe : un groupe de rock and roll qui vit dans la même maison, comme les Monkees, et qui mange le poisson qu’il a pêché dans la journée. Ça me semble être une façon honorable de gagner sa vie.

6. De tous les groupes qui ont fait le saut d’un label indépendant à une major, All fait partie de ceux qui n’ont pas perdu la face. Leur album pour Interscope (Pummel), n’est pas moins bon ni meilleur que ceux qu’ils ont donnés à Cruz et à Epitaph. Ça n’a pas empêché Interscope de crisser le groupe dehors. All a tout de même eu le dernier mot : Interscope a pratiquement donné un studio d’enregistrement à Bill Stevenson.

7. Chad Price, le chanteur, laisse parfois sa place à Milo Auckerman pour que All redevienne les Descendents.

8. Le son de All rassemble ce qu’il y a de mieux dans le be bop, le punk classique, le power pop des années 70 et la caféine.

9. L’uniformité de la pochette de leurs albums, qui exprime clairement que le groupe n’a pas grand-chose à crisser de tout ce qui ne concerne pas directement la musique. All ne vous fait aucune promesse sur ses pochettes. Le groupe vous dit : on a enregistré quelques tounes. Voici les titres. Voici qui joue sur l’album. All est un groupe de travailleurs qui abordent leur musique comme nous abordons notre job. Avec le souci de bien faire ce qu’il faut faire, mais sans jamais prétendre que cela a la moindre importance à grande échelle.

10. Le personnage Allroy, qui se trouve sur la pochette de presque tous les albums du groupe (c’est un peu le Eddie du pop punk), a inspiré les créateurs de Bart Simpson.

11. J’ai de bons amis qui ont parcouru près de 300 km pour aller voir Down By Law dans un festival de snowboard seulement parce que Dave Smalley, le chanteur de Down By Law, a chanté sur le premier album de All. Et j’aurais fait pareil si j’avais pu. Si ça ne vous convainc pas de l’importance de All, je pense que rien ne le fera.

Guide d'achat All
Il faut savoir que All n’a jamais produit d’album parfait sur toute la ligne. Les disques du groupe sont même remarquablement inégaux. Impossible d’écouter ça sans sauter environ la moitié des morceaux, ce qui explique sûrement sa relative obscurité.

Le premier album de All (Allroy Sez) est bien meilleur que le dernier album des Descendents (intitulé All), même si c’est Dave Smalley qui tient le micro. L’ex-Dag Nasty a presque racheté sa carrière sur cet album. Ça prendrait toute une série d’albums vraiment sublimes pour racheter Dag Nasty. L’album contient quelques tounes pop parfaites comme « Just Perfect » et « Hooidge » et quelques niaiseries punk jazz metal qui deviendront la marque de All et qui étaient déjà la marque des Descendents. En gros, l’album sent le soleil, le sable et la bouffe mexicaine. Dave Smalley est parti peu de temps après pour être remplacé par Scott Reynolds. C’est là que l’âge d’or de All a commencé. En 1989, All sort son premier album avec Reynolds, Allroy’ Revenge, un des classiques du groupe et un de ses albums les plus consistants. Scott reynolds est le chanteur préféré des fans de All pour une raison bien simple : c’est lui qui rappelle le plus Milo, le chanteur des Descendents. Il chante dans un style mielleux très power pop dont on s’ennuiera parfois ensuite pendant les années Chad Price. Allroy’s Revenge contient quelques classiques du groupe dont « She’s My Ex » et « Carnage », la toune de All que je préfère. Après avoir sorti un album live, All a sorti Allroy Saves, son 5e album en deux ans. C’était la belle époque (à l’époque, les longues tournées de All passaient même par le Québec!). Malheureusement, Saves est l’un des albums les plus faibles du groupe, et je ne m’éterniserai pas sur son compte. All a rebondi en 1992 en sortant son meilleur album de l’époque Scott Reynolds, Percolater, un album pop punk rural hyper-caféiné (ce que ça veut dire? Je ne sais pas, je n’en suis qu’à ma quatrième tasse). C’est aussi le dernier album dont la réalisation est mince et cheapo. Par la suite, le son s’épaissira et s’alourdira, et je dois dire qu’il s’améliorera grandement, d’un point de vue objectif. Malgré tout, je garde une place toute spéciale dans mon cœur pour le son mince et aéré des premiers albums de All et des derniers des Descendents, sur lesquels la basse était ténue et la guitare était toute en nerfs. L’album suivant, Breaking Things, a été enregistré dans le studio le plus improbable pour un groupe de punk rock : les studios Ardent de Memphis. Breaking Things a marqué un tournant important dans le son du groupe provoqué par le remplacement de Scott Reynolds par Chad Price, qui a ajouté une bonne dose d’agressivité redneck au son All. Plusieurs regrettent encore le son power pop des années Reynolds. À cette époque, le pop punk attirait de plus en plus l’attention et que des groupes comme Green Day et Screeching Weasel se faisaient courtiser de toutes parts. La liste des groupes pop punk qui ont signé des contrats avec des majors pendant les années 1992 à 1996 est assez déboussolante. All, tout simplement pour sortir de la pauvreté, en profite pour quitter Cruz, qui n’était rien de plus qu’une structure obscure greffée à SST et gérée par on ne sait trop qui. En 1996, All sort Pummel sur Interscope. Le plus frappant avec cet album, c’est la pochette horrible (sur laquelle on voit un bigfoot écraser des autos et dont le graphisme sérieux aurait mieux convenu à Helmet qu’à All). Le ton général de l’album est plus sérieux également, et Pummel ne figure pas parmi les albums essentiels du groupe, malgré quelques perles. Après l’effondrement de l’alliance entre les majors et le pop punk, All sera repêché par Epitaph, ramènera Milo au micro et sortira un album sous le nom des Descendents, Everything Sucks, un des meilleurs des Descendents, et ce n’est pas peu dire. All est sur une lancée et sort ce que je considère comme son meilleur album, Mass Nerder, en 1998. Cet album est remarquable parce qu’on peut l’écouter du début à la fin sans passer de morceau. Pas de mauvais hardcore ni de punk metal jazz à la Victim’s Family. Juste du bon punk mélodique. Ensuite, le groupe ralentit la cadence, sort une compile de ses plus grands « succès », un album en concert, puis Problematic, qui n’est pas essentiel sans être raté. Pour l’instant, le groupe est en suspens, sans label. Fat Wreck a bien voulu sortir un autre album des Descendents, mais n’a pas voulu de All. Comme l’a dit Bill Stevenson, on a toujours reproché à All de ne pas être les Descendents. Pourtant, All aurait deux albums en boîte, un album ordinaire et un instrumental. Je suis intensément curieux d’entendre l’album instrumental, qui devrait rappeler les essais instrumentaux de Black Flag (Stephen Egerton n’est pas loin de Greg Ginn dans mon esprit). Pour l’instant, Bill Stevenson joue avec Only Crime et Karl Alvarez tient la basse dans All Systems Go. Pour m part, j’attends impatiemment que All mette fin à sa pause et vienne faire la leçon aux bouffons qui peuplent les scènes actuelles.

13 mars 2005

Un peu de pop punk

J’étais probablement encore plein de marde quand j’ai oublié d’inclure les Descendents dans mon top 5 de 2004 (qui était provisoire parce que je suis habituellement trois ans en retard sur ce qui se fait). Disons que les vieux croûtons sont chanceux : les Descendents, un des seuls groupes punk des années 80 qui fait vraiment l’unanimité (du moins dans l’univers tel que je le conçois) a sorti un album et un EP. Sur leur EP ‘Merican, les Descendents ont fait ce que Green Day n’a pas vraiment réussi à faire sur American Idiot, soit s’engager politiquement, ou du moins se mouiller en pleine période trouble de l’histoire américaine. Les Descendents, comme des Chomsky en jeans et en t-shirt, ont exprimé en trois minutes ce qu’ils ressentent par rapport à leur pays et à l’antiaméricanisme du reste de la planète. Je pourrais très bien envisager l’idée d’aller boire une bière (ou un café, plus vraisemblablement) avec ces gars, et je pense qu’on pourrait parler. Là où les Descendents ont frappé en plein dans le mille, Green Day s’est embourbé dans un album concept brillant du point de vue musical, mais vaseux sur le plan des paroles, à part sur la pièce-titre et quelques autres morceaux qui font penser à du sous-Cometbus. J’ai l’impression qu’ils avaient une bonne idée, mais qu’ils se sont perdus en chemin, et à la fin d’American Idiot, je n’ai qu’un mot en tête : « hein? ». Autrement dit, je ne comprends rien à tout ça. Aaron Cometbus aurait pu donner un coup de main, ça n’aurait pas été du luxe.

Enfin, les Descendents, après leur EP, ont sorti un album, Cool To Be You (sur Fat Wreck), qui est presque aussi bon que leur dernier (Everything Sucks, en 1996) et meilleur que les derniers albums qu’ils ont faits sur SST dans les années 80. Bien sûr, on pourrait dire que les Descendents et All (pratiquement le même groupe) ont le même son et que leurs albums sont interchangeables, mais c’est la faute à Interscope! Je m’explique : quand Interscope a mis All dehors au milieu des années 90, ils ont, ces cons, payé un studio à All. All et les Descendents enregistrent maintenant tout chez eux, au Blasting Room, et on doit les comprendre. Faire autrement, ce serait comme aller pisser chez votre voisi quand vous avez une belle toilette propre chez vous.

Si vous connaissez les Descendents, vous savez que Milo pourrait chanter n’importe quoi et qu’on en redemanderait, et vous savez que le groupe derrière lui est une impitoyable machine. Vous savez tout ça. Ce que vous vous demandez peut-être, par contre, c’est si les chansons sont bonnes. Je suis heureux de dire que 12 des 14 morceaux de Cool To Be You sont de premier choix et que Stephen Egerton n’a rien écrit sur l’album (ça y est, je vais brûler en enfer). Curieusement, Bill Stevenson n’a écrit que trois morceaux sur l’album, mais quels morceaux : « One More Day » est l’une des meilleures chansons qu’il a écrites, touchante en plus. Je regrette seulement que le groupe ait décidé de ne pas faire de tournée pour l’album. Bah. Je ne le regrette pas tant que ça parce que 1), les concerts, c’est un emmerdement total, surtout quand le groupe que vous voulez voir est coincé entre deux (voire plus) groupes minables et 2) à un certain âge, les illusions se font de plus en plus rares et deviennent de plus en plus précieuses, et comme je n’ai jamais vu les Descendents, je préfère en rester là et m’imaginer les membres du groupe comme des nerds ados boutonneux qui ont bu 15 cafés, ce qui est exactement l’image qui me vient en tête quand j’écoute leurs albums, même ceux enregistrés en 2004.

Toujours dans le merveilleux monde du pop punk, Asian Man Records a entrepris quelque chose que je ne pensais pas voir et qui va m’obliger à casser mon ti-cochon : la réédition des albums Lookout de Screeching Weasel, en commençant par Boogada ce mois-ci (je pense qu’ils vont avoir la gentillesse de nous épargner le premier album éponyme), et les autres suivront à raison d’un album par mois jusqu’en juillet. Chaque album a été remasterisé, et la pochette de chaque disque a été enrichie de nouvelles photos et de notes de Jim Testa (www.jerseybeat.com) et de membres du groupe. Après Boogada, ce sera au tour de My Brain Hurts, un des meilleurs albums de tous les temps et, du coup, l’un des meilleurs albums pop punk, en compagnie de Milo Goes To College des Descendents. En fait, en ce qui concerne Screeching Weasel, la règle est simple : si c’est sorti sur Lookout, c’est bon (n’oubliez pas l’excellent album solo de Ben Weasel, qui rappelle le superbe Emo… ouais, j’ai bien aimé Emo… ça pose problème???). Les albums parus sur Panic Button et, surtout, sur Fat Wreck sont pas mal moins intéressants.

À l’époque de Boogada, Screeching était encore à mi-chemin entre le punk hardcore et le pop punk. Ce n’est pas l’album le plus abouti du groupe, mais qu’est-ce que l’aboutissement serait venu faire sur un disque popcore juvénile banlieusard??? Boogada est délicieux comme un burger bien juteux, malgré quelques morceaux plutôt faibles. Chaque fois que j’entends la guitare cheap au début de « Dingbat », j’en suis tout remué et je revis l’époque où moi non, plus, je n’avais rien à foutre du lendemain (comme le proclame le groupe sur son hymne « Hey Suburbia »). Boogada, c’est la trame sonore d’une promenade éthylique sans but au milieu d’une ville sans âme, c’est se casser un orteil en envoyant voler ses Chuck Taylor sur une poubelle en tôle, c’est un buzz de bière pas chère la veille d’un « examen important », c’est essayer misérablement d’expliquer son apolitisme à une consœur prête à croire tout ce qu’on lui raconte du moment que ça ne vient pas de vous, parce que vous êtes suspect. Boogada, c’est faire peur aux autres sans même essayer, simplement en se foutant de tout ce qui a la moindre importance et en se levant mal en point le samedi sans rien regretter. Ce n’est pas un album, mais une époque qui vient d’être rééditée.

Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire que cet album soit sorti en 1988, probablement LA pire année de l’histoire du punk rock et de la musique pop en général, même si c’est plutôt par la réédition de Lookout de 1992 que j’ai connu l’album, ce qui m’amène à me demander comment est-ce qu’un album sorti en 1988 peut en être à sa deuxième réédition et à son troisième label??? Crisse, les albums de Neil Young n’en sont même pas là encore! Ce qu’il faut retenir, c’est que Boogada était génial, mais que le meilleur était à venir.

08 mars 2005

Death By Unga Bunga!! ou Mummies For Dummies

Écouter les Mummies, c’est un peu comme aller dans un grand restaurant, passer directement au dessert et partir sans payer. Ou quelque chose comme ça. Je ne vous dirai pas que les Mummies faisaient la musique la plus « nutritive », mais en termes de satisfaction instantanée, ils étaient imbattables, ce qui ne veut pas dire qu’on se lassait rapidement de leur musique. Au contraire, je n’ai jamais arrêté d’écouter Never Been Caught et Runnin On Empty, et le jour où je vais arrêter de le faire sera triste (pour moi, pas pour mon entourage).

Même si je ne comprends pas trop le but de cette compilation qui n’apporte rien de neuf (à part le fait de faire paraître pour la première fois sur CD des morceaux parus surtout sur des 7 pouces introuvables et les compilations Runnin On Empty [parus sur vinyle seulement pendant la période « F*ck CDs » des Mummies, et laissez-moi ajouter que le son est loin d’être amélioré sur cd – ces morceaux étaient carrément faits pour être joués sur une vieille table tournante déboîtée], ce qui me fait penser que ce cd aurait dû s’intituler Mummies For Dummies), je dois dire que c’est sûrement l’album le plus le fun que j’ai entendu depuis des mois. On a ici la preuve que le meilleur rock and roll est une affaire de chimie entre les membres du groupe. Les solos finissaient parfois plusieurs secondes trop tôt, mais on a quand même l’impression d’écouter un groupe épouvantablement synchro.

Les Mummies se crissaient des Nomads et des Fuzztones, si vous voyez ce que je veux dire. Ils se foutaient d’eux-mêmes et de la grande tradition rock and roll. Tout ce qui comptait, c’était de bâcler des solos ahurissants (« I’m Gonna Kill My Baby Tonight ») et de continuer à enfoncer violemment des beats R&B avec la finesse d’un marteau-piqueur. De l’« Introduction to James Brown » servie à la sauce « Sonics sur amphés » aux classiques comme « Food, Sickles and Girls » et à la reprise du classique punk 77 « (I Should Better Be Looking For) Dangerman » des Pack, tout est là pour permettre aux nouveaux fans de découvrir le groupe et aux vieux fans d’avoir un cd pratique qu’ils peuvent apporter à la plage.

C’est seulement dommage que personne n’ait pris le relais. Ça semblait facile, mais la plupart des groupes masqués qui essaient de faire du rock lo-fi inspiré des Mummies et de l’univers Radio X (Supercharger, les Donnas des débuts, Brentwoods, etc.) sont pathétiques au mieux. Tenez-vous en à l'original : www.themummies.com.